Présentation

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RETROSPECTIVE

2009-2017

 

L’aide est une injure si elle ne permet pas à celui qui la reçoit de s’en affranchir

 

L’association Les Enfants de Mada est née le 28 octobre 2009. Cette création a fait son chemin suite à un voyage à Madagascar en décembre 2008. J'avais cette année là souhaité retrouver "l’île Rouge" de mon enfance 50 ans après l'avoir quittée. J'y avais vécu 3 belles années et ma petite sœur Isabelle y était née. Sa disparition 4 ans plus tôt à 47 ans avait participé de ce retour aux sources. J'y ai découvert un peuple formidable, des enfants extasiés de s'inventer des jouets bricolés d'un morceau de bois, d'un fil de fer et d'imagination créative ; des enfants pieds nus, malades, en haillons qui travaillent et sourient malgré tout; des gamines, des gamins de 5 ans déjà grandes sœurs, grands frères qui "jouent" à papa maman, le petit dans le dos des heures durant ; des femmes courageuses écrasées par les corvées quotidiennes ; des parents en pleurs revenant d'un dispensaire de brousse avec dans les bras leur enfant emporté par le palu.  

J’ai regagné Paris avec 1800 photos et des dizaines d'adresses improbables "Envoie-moi les photos j'habite ici" Je suis rentré avec le malaise de n'avoir rien fait et pire encore, tel un corbeau, d'avoir volé leur image.  C'est alors qu'a germé l'idée de cette association : vendre ces photos qui sont leur image, qui n'existeraient pas sans eux, qui sont leur bien et leur rendre en actions locales. Sans eux aucune recette ne serait possible donc cet argent n'existe que par eux.

Le calendrier des Enfants de Mada et ses 13 photos constitue le vecteur de communication et la source financière la plus importante. Il paraît chaque année depuis 2009. Certaines associations acquièrent des photos pour réaliser leur calendrier ou des cartes de vœux. Les expositions sont aussi un moyen de faire connaître l'association et de récolter quelques fonds. Des dons aléatoires viennent compléter ces recettes. A titre de comparaison 4 calendriers vendus 20 € l’unité génèrent 130 000 ariary de recettes nettes soit le salaire mensuel qui peut nourrir une famille durant un mois. 130 000 ariary c’est aussi le prix d’un permis de conduire très utile pour trouver un travail.  130 000 ariary c’est encore le coût des droits d’inscription sur une année scolaire en école publique d’un enfant du primaire et du collège.

N'étant sur place que 4 mois par an, j'ai écarté tout projet local que je ne pourrais pas contrôler de A à Z ou qui obligerait à des intermédiaires et à des frais de structure souvent dispendieux. J'ai trop vu d'associations qui collectaient beaucoup et en final distribuaient peu, des associations qui n'existaient que pour elles-mêmes et entretenaient une cohorte d’administratifs et d’intermédiaires locaux aux préoccupations plus personnelles qu’humanitaires.. Mon choix a donc été de réduire les frais de gestion à leur strict incompressible afin d’amputer au minimum les recettes collectées. L’essentiel des charges est constitué par les frais de fabrication des calendriers, le coût des photos encadrés lors des expos, les frais d'affranchissement, les frais financiers liés aux transferts d'argent, les frais de téléphone. Lors de mes déplacements locaux, mes voyages, mes hébergements et tous mes frais de séjour sont à ma charge. Je ne m’alloue bien entendu aucune indemnité.

Les premières actions se sont portées à Fianarantsoa, la ville de mon enfance. Le temps passé en 2008 m'avait permis de rencontrer des jeunes déscolarises qui se disaient très motivés par la reprise de leurs études abandonnées pour raison financière ou par l'apprentissage d'un métier. Très souvent il faut compenser le petit salaire indispensable que le jeune procure à sa famille. Un contrat moral est passé entre le jeune, sa famille et l'association sur la base objectifs/résultats. Cette méthode s’est avérée très fructueuse. (Scolarisation primaire, secondaire, formations infirmière, école hôtelière/tourisme, cuisine-pâtisserie, coiffure, couture, permis de conduire...)

Par la suite le domaine d'intervention de l’association s’est étendu à d'autres villes : Majunga, Morondava, Antananarivo, Antalaha, Tuléar.

La préparation aux métiers de la Fonction Publique n’entre pas dans le champ d’action de l'association car les écoles d'Etat, toutes accessibles sur concours, sont gangrenées par la corruption et des sommes considérables sont exigées par les jurys d'examen. La compétence est un non critère. L’accès à ces écoles (inspecteur des impôts, greffier, magistrat, policier ou gendarme…) nécessite des dessous de table colossaux équivalent à des années de salaire mais qui sont présentés comme des investissements ultra-rentables car les promus, au fil de leur carrière,  se rembourseront au centuple sur la bête !

Les actions "santé" sont aussi un volet important de l'association car les médicaments et les soins ne sont pas remboursés ce qui conduit la plupart à renoncer à se soigner et à préférer la médecine traditionnelle, fort utile mais qui a ses limites. A l'hôpital aussi la corruption est reine du brancardier au médecin. 

 Voici un panorama des modestes actions conduites par l’association. C'est peu car les besoins du pays sont innombrables et la situation politico-économique ne cesse de se dégrader. Madagascar et ses 20 millions d'habitants est un des pays les plus pauvres du monde alors qu’il dispose d’un potentiel énorme mais ses ressources sont pillées avec la complicité active de gouvernements corrompus.

Comme vous le constatez le chantier est immense mais comme le disait Théodore Monod : Le peu que tu peux faire, fais-le.

 

Philippe SALAS

Président